L'entre-deux

 

La tournée au Québec, le festival de Sherbrooke, les Dimanches du Conte de Montréal, tout était réjouissant!

Maintenant que l'hiver est là, plongée dans l'écriture intime et les mythes millénaires, résidences, entre différents accompagnements de projets, et préparation de rencontres à venir. Un peu de vacances aussi quand même!

Bonne hibernation ;)

 

 

Agenda

  • 10-15.03.20

    Participation à la 3ème édition du rassemblement SISTAS sur l'île d'Oléron (Fr)
  • 12.02.20

    Spectacles de Contes jeune public dont "Si tu savais.." à la ferme de Guyancourt (Fr)
  • 29-31.01.20

    Stage avec Michel Hindenoch - la musicalité de la parole
  • 01.2020

    Accompagnement artistique du spectacle Brume de la Compagnie Renard Noire

Le Poème du moment

Les poèmes précédents se retrouvent dans l'onglet "Ecrits"

27# Octopussy Girl

Elle ferme la porte de sa chambre à clé, toujours.

Le bouton de la porte est rond et brillant.

Mais ce n'est pas vraiment une porte. C'est un trompe-l'oeil. Il n'y a pas de porte en fait.

La fenêtre, elle, est réelle. Sans vitre - forcément, dans un château, il n'y a pas de vitres aux fenêtres.

Dehors, on voit la campagne.

Les montagnes bleues.

Les peupliers, tendus vers le ciel comme des gouttes d'eau, verte.

Et la route, sinueuse, qui va jusqu'à la mer.

De sa chambre, elle voit la mer. C'est de là qu'elle vient. Mais elle avait envie d'une demeure majestueuse. D'où, le château.

Elle n'est pas seule dans le château.

Sur les murs se posent une mouche aux yeux rouges et aux ailes blanches, et un scarabée qui se blottit dans le coin quoiqu'elle lui dise.

Au sol, sur le carrelage vert et blanc comme un jeu d'échec, il y a sa grenaraignée àzailes. Ce sont ses enfants. Mais autonomes déjà.

Pour eux, sur le mur et le carrelage, elle a tout prévu : une pomme qui fait bien 30 cm de diamètre et qui pend du plafond, tenue par un fil solide. La pomme est jaune. Son nom, c'est « Délice d'or ». Les enfants n'ont qu'à se servir.

Ainsi elle peut rester alanguie dans son fauteuil rouge et douillet. Un coussin rose lui soutient le dos.

Elle passe son temps à peigner ses cheveux noirs et épais. Son peigne n'est pas un peigne de nacre, c'est surfait, le nacre, mais l'ébène, ah l'ébène.

Ses cheveux sont retenus par un bandeau bleu. Ses yeux sont gris, ses lèvres rouges. Sa peau est rose pâle jusqu'à la taille. Au-delà, elle a 8 tentacules à ventouses qui gigotent à leur aise. Et surtout, qui lui permettent de s'appuyer sur le rouge du fauteuil d'un bras et de se peigner les cheveux de l'autre tandis que l'une des 8 tentacules tient son miroir en bois clair – l'or, pour un miroir, c'est surfait.

Ainsi, elle peut à la fois se mirer et rêver de la mer.

Car y aller, à la mer, elle ne peut pas.

Car, Elle, garde, la frontière.

 

Julie Boitte | 2015, en écrivant "Antre[s], inspirée par le dessin de Nicoletta Ceccoli