poésie

 
#48 La serre

 

Il y a eu de la vie ici.

Il y a eu des éclats de rire

et de la tendresse

parfois

oui.

Ces couleurs reflétées par les vitres

toutes ces couleurs

- résonnant sur le béton -

qui m’enivrent

chaque fois.

Il y a toujours

ce bonheur de ne pas me sentir seule

- jamais -

quand je pense à cet endroit.

Même s’il est déserté maintenant

et peut-être encore plus

depuis qu’il est abandonné.

Car la végétation l’envahit sans cesse sans jamais s’arrêter.

Elle sera toujours là

bien après les humaines.

Elle était là avant elle sera là après

et les couleurs aussi.

Les formes qu’elle dessine,

la vie qu’elle continue de porter,

sera toujours là

toujours

toujours là. 

 

Julie Boitte| 30/10/2025 

# 46 Bascule

 
Tout a changé depuis
- je crois
mes yeux se sont ouverts
Enfin
- peut-être.
J'espère
voir
ce qui est.
 
Je n'ai plus peur
- si?
Ou seulement de voiler à nouveau
mes yeux.
 
Ma réalité je la crée
et c'est beau.
Oui.
 
Comment sont les gens que j'aime
dans leur essence même
Je
le vois aussi
Et parfois
- souvent
ça fait mal.
Alors jusqu'ici je fermais les yeux.
Je n'étais pas aveugle non
Je ne voulais juste pas
Voir.
 
Mais j'essaie aujourd'hui
de
concrétiser le monde.
Celui que j'ai choisi.
J'y crois
A cette réalité.
Et je sais
- car j'en ai déjà rencontrées
qu'il y a des créatures
qui peuvent me faire écho
et auxquelles je suis moi aussi un peu
Reliée
Avec elles je fais le voeu d'être
et de rester.
 

Julie Boitte | 31.10.2024

#37 Psyché

 

(...) Tu es près de lui. Près de lui, et seule. Lucide. Donc. Enfin.

Tu es seule mais

Tu n'as plus peur.

Dans l'aridité des montagnes, tu n'es pas perdue. Tu n'es plus

à sa merci. Tu n'es plus

à la merci des becs des corneilles qui envient tes yeux. Tu es l'une d'entre elles.

Clairvoyante. Tu vois. Même les yeux fermés.

Tu sais qui il est. Tu sais qui tu es.

Tu as déchiré le voile : Not Anymore Eyes Wide Shut.

Tu-sais-qui-tu-es-tu-sais-qui-il-est.

Tu ne fuis pas.

Tu restes. Et tu pars à la fois.

Hors du jardin. Et jusque dans les bois. (...)

 

Julie Boitte | extrait de "Psyché" poésie électro-rock de "Dis-toi que ton coeur est celui d'une bête sauvage"

#33 Pieces of me

 

Pieces Of Me

Que je vous donne

sans compter.

Je me les arrache pour vous plaire,

Pour que vous m'aimiez

Que vous me disiez qui je suis,

Beauté.

 

Pieces Of Me

Que je lacère,

Eperdument.

Je m'étonne même de voir mes ongles, en sang

Tandis que tu cries ton désir

Pour que je t'aide à revenir

dans ton corps.

 

Pieces Of Me

Dilapidés

Dispersés.

Je les ai jetés pour voir, savoir

Comment être VUE enfin reconnue

Et qu'au lieu de me vider

De mon sang

Je reprenne vigueur, et force.

 

Pieces Of Me

Que je regarde

Avec tendresse

Je les ramène à moi, non pas pour les thésauriser

Mais pour les laisser reposer

Puis les offrir, enfin, après

Avec tendresse justesse amour

Et sans rien oublier

 

Pieces Of Me

Que je lacère.

Je me les arrache

pour vous plaire

Des bouts de moi dilapidés

Dont je ne peux rien

Effacer

 

Pieces Of Me

Pieces Of Me

 

Julie Boitte | mars 2021

29# Le souffle

 
Le souffle me revient,
Brusquement.
Me plie en deux,
de force me frappe, dans la poitrine.
Parce que c'est toi.
 
Le souffle me revient,
Me surprend.
Je ne sentais pas que je ne respirais plus.
Tout ce temps.
Passé dans l'attente.
 
Le souffle me revient.
Ce n'est qu'une dose de plus.
Une béquille une prothèse un emplâtre sur mon corps même pas fait de bois.
Je le remplis pour rester arrimée au sol.
Mais je me perche,
Irrésistiblement.
 
Le souffle ne m'est revenu qu'un instant.
Je ne peux m'appuyer ainsi,
Excessivement.
Excessive,
Je le suis tout le temps.
 
Le souffle me quitte à nouveau:
Pourquoi mon coeur battrait-il 
Seulement pour moi ? 
Moi ne vaut pas
Assez.
Mais l'amante ne peut le supporter longtemps.
D'être aimée si totalement,
S'effraie.
 
 
Ça rend folle de trop s'interroger.
Mieux vaut s'enfuir.
C'est ce que je fais.
Car le délai est presque
Écoulé.
 
 
Julie Boitte | mars 2020

15# Kate

Il voulait une vie normale.
Une épouse, normale.
Pas une femme passionnée. Ni extrêmement belle.
Et surtout pas, en aucun cas, extrême.
 
Il voulait une femme qui ne soit pas excessive.
Qui reste dans les clous.
Qui ne tremble pas.
Qui ne s'affole pas.
Qui surmonte les drames parce que "la vie continue".
Qui fait comme les autres.
 
Elle ne pouvait pas.
Tous ses bébés morts. Elle n'a pas supporté.
 
Alors, les paupières dessillées, elle ne l'a plus reconnu, cet homme.
Qu'elle avait aimé. Autrefois, jadis, il y avait une éternité de cela.
 
L'amoureux n'était plus là.
Il s'était enfui. Et elle ne pouvait pas aimer un lâche. 
Alors elle l'a laissé. Partir.
Elle, est restée seule.
Cloîtrée, chez elle.
 
Car le monde était devenu cruel.
Car la cruauté est partout.
 
 
 
Julie Boitte | août 2017
Après un film avec mon actrice fétiche.

10# Dormeuse

Mon coeur est enchaîné.

Mes pensées sur des rails.

Et mon corps est souffrant.

Tout me ramène à toi.

Pourtant, je sais.

Nos souvenirs n'existent pas.

Et mes rêves ... sont des rêves.

Trop tard. Trop loin.

Et trop émouvant.

Même s'il n'y a que moi qui l'avoue.

Je préfère dormir. Enfin. Après tous ces tourments, cet élan contrarié.

Dans mon sommeil, tout est possible. Je peux tout reconstruire. Je peux tout recréer.

Et chaque moment à peine esquissé dans la réalité se déploie, prend de l'envergure, et s'envole, dans le ciel enflammé. Comme un oiseau magique, phénix toujours mourant, mais toujours renaissant.

Embrasement sans repos. Sans repos.

Car seul le ciel, me console. Du crépuscule ou de l'aube naissante.

Le ciel seul est un espoir. Pour que l'horizon s'ouvre à nouveau. Malgré tout. Malgré moi.

Et sans toi.

 

Julie Boitte | mai 2017 | Essai sur une belle au bois dormant. Dont le prince ne revient pas.

 

8# Je cherche

Je cherche.

Une maison pour la nuit

un abri pour le jour

un endroit de repos.

Je cherche.

Une maison où dormir

un abri pour sourire

un endroit de plaisir.

Je cherche.

Un lieu où respirer

l'air pur à grandes goulées...

Je cherche!

Un endroit d'ouverture

où tes yeux seraient là

pour me rendre plus pure,

plus fraîche, et plus mature.

Je cherche...

 

 

Julie Boitte | mars 2007

1 # Sertie de plomb

Elle a toujours été là.

Surplombant le reste du monde.

Ses yeux bleu perçants

sa coiffe élégante piquée de fleurs

son chignon relevé

ses manches bouffantes

sa bouche pincée

un bijou sur le front un bijou brillant

étincelant

 

du haut de la fenêtre elle voit tout

qui entre qui sort

elle entend tout

qui pleure qui parle fort qui jouit

 

il y a cette enfant

de la terre sous les ongles

des yeux trop grands

le verbe lent

qui la regarde

et qui comprend

 

les autres ne regardent pas ne sentent pas ne voient pas n'entendent pas

les signes les souffles

l'enfant oui

ça lui coupe la parole

ça l'empêche de jouer avec des « camarades »

pourquoi faut-il en avoir ?

La solitude lui va. Bien

elle chante

elle rêve

elle marche

elle plante des fleurs

caresse le chat

revient toujours sous la fenêtre

à force d'attendre à force de crier sans parler

elle entend

le souffle du passé

elle est traversée

par les effluves du temps

 

elle est un coffret scellé

personne ne l'ouvrira jamais

elle n'aura pas de fiancé

ou de loin de si loin ils la regarderont, la désireront

mais effrayés n'oseront pas aller plus loin venir plus près

ils seront sans mots face à ses yeux profonds plein de questions

eux sauront avant elle que c'est elle qui sait

c'est elle qui sait

 

Julie Boitte | 16.11.2015