Il y a eu de la vie ici.
Il y a eu des éclats de rire
et de la tendresse
parfois
oui.
Ces couleurs reflétées par les vitres
toutes ces couleurs
- résonnant sur le béton -
qui m’enivrent
chaque fois.
Il y a toujours
ce bonheur de ne pas me sentir seule
- jamais -
quand je pense à cet endroit.
Même s’il est déserté maintenant
et peut-être encore plus
depuis qu’il est abandonné.
Car la végétation l’envahit sans cesse sans jamais s’arrêter.
Elle sera toujours là
bien après les humaines.
Elle était là avant elle sera là après
et les couleurs aussi.
Les formes qu’elle dessine,
la vie qu’elle continue de porter,
sera toujours là
toujours
toujours là.
Julie Boitte| 30/10/2025
# 46 Bascule
#37 Psyché
(...) Tu es près de lui. Près de lui, et seule. Lucide. Donc. Enfin.
Tu es seule mais
Tu n'as plus peur.
Dans l'aridité des montagnes, tu n'es pas perdue. Tu n'es plus
à sa merci. Tu n'es plus
à la merci des becs des corneilles qui envient tes yeux. Tu es l'une d'entre elles.
Clairvoyante. Tu vois. Même les yeux fermés.
Tu sais qui il est. Tu sais qui tu es.
Tu as déchiré le voile : Not Anymore Eyes Wide Shut.
Tu-sais-qui-tu-es-tu-sais-qui-il-est.
Tu ne fuis pas.
Tu restes. Et tu pars à la fois.
Hors du jardin. Et jusque dans les bois. (...)
Julie Boitte | extrait de "Psyché" poésie électro-rock de "Dis-toi que ton coeur est celui d'une bête sauvage"
#33 Pieces of me
Pieces Of Me
Que je vous donne
sans compter.
Je me les arrache pour vous plaire,
Pour que vous m'aimiez
Que vous me disiez qui je suis,
Beauté.
Pieces Of Me
Que je lacère,
Eperdument.
Je m'étonne même de voir mes ongles, en sang
Tandis que tu cries ton désir
Pour que je t'aide à revenir
dans ton corps.
Pieces Of Me
Dilapidés
Dispersés.
Je les ai jetés pour voir, savoir
Comment être VUE enfin reconnue
Et qu'au lieu de me vider
De mon sang
Je reprenne vigueur, et force.
Pieces Of Me
Que je regarde
Avec tendresse
Je les ramène à moi, non pas pour les thésauriser
Mais pour les laisser reposer
Puis les offrir, enfin, après
Avec tendresse justesse amour
Et sans rien oublier
Pieces Of Me
Que je lacère.
Je me les arrache
pour vous plaire
Des bouts de moi dilapidés
Dont je ne peux rien
Effacer
Pieces Of Me
Pieces Of Me
Julie Boitte | mars 2021
Mon coeur est enchaîné.
Mes pensées sur des rails.
Et mon corps est souffrant.
Tout me ramène à toi.
Pourtant, je sais.
Nos souvenirs n'existent pas.
Et mes rêves ... sont des rêves.
Trop tard. Trop loin.
Et trop émouvant.
Même s'il n'y a que moi qui l'avoue.
Je préfère dormir. Enfin. Après tous ces tourments, cet élan contrarié.
Dans mon sommeil, tout est possible. Je peux tout reconstruire. Je peux tout recréer.
Et chaque moment à peine esquissé dans la réalité se déploie, prend de l'envergure, et s'envole, dans le ciel enflammé. Comme un oiseau magique, phénix toujours mourant, mais toujours renaissant.
Embrasement sans repos. Sans repos.
Car seul le ciel, me console. Du crépuscule ou de l'aube naissante.
Le ciel seul est un espoir. Pour que l'horizon s'ouvre à nouveau. Malgré tout. Malgré moi.
Et sans toi.
Julie Boitte | mai 2017 | Essai sur une belle au bois dormant. Dont le prince ne revient pas.
Je cherche.
Une maison pour la nuit
un abri pour le jour
un endroit de repos.
Je cherche.
Une maison où dormir
un abri pour sourire
un endroit de plaisir.
Je cherche.
Un lieu où respirer
l'air pur à grandes goulées...
Je cherche!
Un endroit d'ouverture
où tes yeux seraient là
pour me rendre plus pure,
plus fraîche, et plus mature.
Je cherche...
Julie Boitte | mars 2007
Elle a toujours été là.
Surplombant le reste du monde.
Ses yeux bleu perçants
sa coiffe élégante piquée de fleurs
son chignon relevé
ses manches bouffantes
sa bouche pincée
un bijou sur le front un bijou brillant
étincelant
du haut de la fenêtre elle voit tout
qui entre qui sort
elle entend tout
qui pleure qui parle fort qui jouit
il y a cette enfant
de la terre sous les ongles
des yeux trop grands
le verbe lent
qui la regarde
et qui comprend
les autres ne regardent pas ne sentent pas ne voient pas n'entendent pas
les signes les souffles
l'enfant oui
ça lui coupe la parole
ça l'empêche de jouer avec des « camarades »
pourquoi faut-il en avoir ?
La solitude lui va. Bien
elle chante
elle rêve
elle marche
elle plante des fleurs
caresse le chat
revient toujours sous la fenêtre
à force d'attendre à force de crier sans parler
elle entend
le souffle du passé
elle est traversée
par les effluves du temps
elle est un coffret scellé
personne ne l'ouvrira jamais
elle n'aura pas de fiancé
ou de loin de si loin ils la regarderont, la désireront
mais effrayés n'oseront pas aller plus loin venir plus près
ils seront sans mots face à ses yeux profonds plein de questions
eux sauront avant elle que c'est elle qui sait
c'est elle qui sait
Julie Boitte | 16.11.2015