poésie

#45 Les grands oiseaux blancs

 
Je tatouerai un Coeur à la place du mien
comme une surimpression, une surexposition, pour qu'il se borde d'or
là où ses brisures me fendent toute entière.
Je continuerai avec une écaille de poisson-dragon-volant
pour aller plus haut
que là où la pesanteur me guette
et cesser de nager
dans les débris de souvenirs trop anciens.
Dans l'éclat de mes yeux on pourra voir la mer,
un océan de vagues,
déchaînées écumantes,
d'où sortiront un jour au crépuscule,
tout au bord de l'écume,
des licornes par milliers galopantes de beauté
tout au bord d'une falaise érodée par le vent.
Alors je serai là,
Debout,
Resplendissante,
avec mon Coeur qui bat,
 

Julie Boitte| 17/02/2026 

 
 
#48 La serre

 

Il y a eu de la vie ici.

Il y a eu des éclats de rire

et de la tendresse

parfois

oui.

Ces couleurs reflétées par les vitres

toutes ces couleurs

- résonnant sur le béton -

qui m’enivrent

chaque fois.

Il y a toujours

ce bonheur de ne pas me sentir seule

- jamais -

quand je pense à cet endroit.

Même s’il est déserté maintenant

et peut-être encore plus

depuis qu’il est abandonné.

Car la végétation l’envahit sans cesse sans jamais s’arrêter.

Elle sera toujours là

bien après les humaines.

Elle était là avant elle sera là après

et les couleurs aussi.

Les formes qu’elle dessine,

la vie qu’elle continue de porter,

sera toujours là

toujours

toujours là. 

 

Julie Boitte| 30/10/2025 

#44 The Forest

 

I'm going to the trees

and the night

or the sunset.

So far away

and not close

- nevermore never nevermore,

close to your

town, complications, unability

- I'm sorry

sorry for you -

your unability to be

here with me.

And not only

only with yourself.

 

I'm going to the green

in my surroundings

or far away.

But the wind

soft or strong

everafter and always

able to clean

my mad spirit.

And the woods

into the wild

always, definitely always

secure for me.

 

Because I'm

not alone, never

alone with sounds

and atmosphere and

perfumes and skins

of the forest. 

 

Julie Boitte| 08/03/2025 | inopinément en anglais lors d'un atelier d'écriture queer à Bxl

#43 L'Autre Monde

 
Y es-tu déjà allé.e?
De l'autre côté?
Là où rien n'est comme on croyait?
Là où le temps semble être à l'arrêt
De ce monde-ci?
 
Y es-tu déjà allé.e?
Là où ce n'est pas ta volonté qui dicte
Sa loi?
Mais où toi
Tu dois
Te laisser porter?
 
Si tu n'y es pas allé.e
Pourquoi
dire que ceuxcelles-là sont
timbrées?
Puisque tu ne sais pas
Tu n'as aucune idée
De ce qui se passerait si
enfin
à toi
ça
arrivait.
 
 
Julie Boitte | mai 2023

8# Je cherche

Je cherche.

Une maison pour la nuit

un abri pour le jour

un endroit de repos.

Je cherche.

Une maison où dormir

un abri pour sourire

un endroit de plaisir.

Je cherche.

Un lieu où respirer

l'air pur à grandes goulées...

Je cherche!

Un endroit d'ouverture

où tes yeux seraient là

pour me rendre plus pure,

plus fraîche, et plus mature.

Je cherche...

 

 

Julie Boitte | mars 2007


5# Le pendu

Je pourrais croire que tu danses.

Si tu n'avais pas le pied gauche accroché à une corde.

Mais même ainsi, tes jambes sont comme des lianes, agiles, solides aussi.

 Qui pourraient te soutenir, t'ancrer droit dans la terre, si tu n'avais pas la tête à l'envers.

 Tu as l'air de rêver.

 Tu ne souris pas vraiment mais tu sembles serein.

 On dirait que tu flottes, dans l'espace – comme un cosmonaute, ou dans l'eau – comme un homme grenouille.

 L'or et l'argent sortent d'entre tes coudes.

 Tes cheveux sont d'un ange. Ils te nimbent d'une aura étrange.

 Mais tu n'es pas seul.

 Mes frères t'encadrent.

 Comme s'ils se mettaient à ton diapason.

 Comme s'ils veillaient sur toi, humain-trésor, jeune homme précieux, irremplaçable.

 Leurs feuillages sont à la même hauteur que ton visage.

 Leurs feuilles étoilées répondent par leur forme à la couleur de tes cheveux d'or.

 Tu flottes, tu planes : ils s'enracinent pour toi.

 Tu es apaisé : ils sont dans l'ailleurs, loin du réel.

 Ils sont la nature forte, pour toi.

 Tu te laisses faire par eux.

 Tu bois leur présence.

 Sans aucune résistance.

 Ils veillent. Ils vieilliront au-delà de toi. Ils sont dressés mais non tendus.

 Ils sont debout mais ne tuent pas.

 Ils sont.

 Sages par essence. Stoïques. Résistants. Inébranlables. Millénaires. Universels.

 Arbres.

 

Julie Boitte | mai 2016 - sur la carte du tarot de Oswald Wirth, dans le cadre du projet "De sève et de son"