Ecrits

#44 The Forest

 

I'm going to the trees

and the night

or the sunset.

So far away

and not close

- nevermore never nevermore,

close to your

town, complications, unability

- I'm sorry

sorry for you -

your unability to be

here with me.

And not only

only with yourself.

 

I'm going to the green

in my surroundings

or far away.

But the wind

soft or strong

everafter and always

able to clean

my mad spirit.

And the woods

into the wild

always, definitely always

secure for me.

 

Because I'm

not alone, never

alone with sounds

and atmosphere and

perfumes and skins

of the forest. 

 

Julie Boitte| 08/03/2025 | inopinément en anglais lors d'un atelier d'écriture queer à Bxl

#43 L'Autre Monde

 
Y es-tu déjà allé.e?
De l'autre côté?
Là où rien n'est comme on croyait?
Là où le temps semble être à l'arrêt
De ce monde-ci?
 
Y es-tu déjà allé.e?
Là où ce n'est pas ta volonté qui dicte
Sa loi?
Mais où toi
Tu dois
Te laisser porter?
 
Si tu n'y es pas allé.e
Pourquoi
dire que ceuxcelles-là sont
timbrées?
Puisque tu ne sais pas
Tu n'as aucune idée
De ce qui se passerait si
enfin
à toi
ça
arrivait.
 
 
Julie Boitte | mai 2023

 #42 Plongeon

 

Tu as marché longtemps

Et tu as respiré

Ça t’a fait écouter

les cris des papillons.

Rouge.

Ça a duré longtemps

pour arrêter de penser que

seul.e l’autre te raccroche à la vie.

Mais non, tu n’es pas morte.

C’est juste que tu ne regardais que là

à cet endroit précis

là où l'autre

n’était pas.

Maintenant

tu peux t’ancrer

toucher la terre

regarder l’Est

respirer l’air

suivre ta chaleur et ton élan

rester changeante-mouvante

tout le temps

Car seule,

tu n’es pas.

Tu ne l’as jamais été.

Regarde juste

autour de toi.


 

Julie Boitte |  2021 Extrait de 'Dis-toi que ton coeur est celui d'une bête sauvage' Poésie Electro-Rock de Mocosès

# 34 La Lenteur

 

Quand le temps ne passe pas

Ou quand il passe trop vite,

Est-ce identique?

 

Je suis la tortue qui parfois hésite

Au lieu de poursuivre sa route

Tracée.

Si je m'arrête c'est pour

Sentir.

Ce qui serait juste

Pour moi seulement

(C'est là la dureté).

 

C'est LE défi

De chaque instant.

Revenir dans son corps

Lentement.

Plongeant.

Sentant son cœur qui s'emballe.

Et le calmer.

 

Redescendre profondément

Dans le fond du gouffre

Dans le fond du

souffle.

Respirant.

Jusque dans le ventre les tripes tous ces endroits dont on ne peut pas

- toujours pas -

Parler librement.

Même si Tout

Vient toujours de là.

De ce qui frémit depuis l'infini

Ce qui fait vibrer la moindre cellule

Et qui n'a jamais été

Petit.

C'est seulement qu'on lui a dit

De se taire de se diminuer de se planquer

Pour ne pas déranger.

Alors oui

Si tu te dépêches tu ne déranges pas tu fais ce qu'on attend de toi tu ne sens rien tu ne sens pas tu ne te relies pas à ce que l'extérieur pressé ne voit pas.

Car oui

Ces choses-là ne se donnent pas

Comme ça.

Car elles le savent

Qu'elles peuvent si vite

Et si durablement

Être abîmées.

 

Mais

TOUT est toujours venu de là:

Du fond.

De là où

On ne peut descendre que lentement.

Pas à pas.

Barreau après barreau après barreau, innombrables.

Clôture après barrière,

Barrage après barricades,

Innombrables.

Et de plus en plus solides.

Ou pas...

Si tu cesses de décider

avec ta volonté.

Si tu te laisses faire.

Si tu les laisses

T'ouvrir.

 

Le souffle lent

Donne douceur

Et calme.

Alors,

Au fond du fond du ralentissement le plus grand

-  et toujours en mouvement pourtant -

Au fond du fond de ce fond-là

Quelque chose s'ouvre.

Une autre dimension un autre thème un univers

Qui réhydrate les racines retournées.

Qui ravive les couleurs rêvées.

Qui recrée ce lien

‘’Inimité’’.

 

Et c'est seulement quand je suis quand tu es quand nous sommes

Dans ce temps autre

Que

QUELQUE CHOSE

Se passe.

Une chose

Lente

Ou fulgurante.

 

Julie Boitte | janvier 2021 - prix reçu d'Uccle en poésie le 15 novembre 2021, catégorie slam

27# Octopussy Girl

Elle ferme la porte de sa chambre à clé, toujours.

Le bouton de la porte est rond et brillant.

Mais ce n'est pas vraiment une porte. C'est un trompe-l'oeil. Il n'y a pas de porte en fait.

La fenêtre, elle, est réelle. Sans vitre - forcément, dans un château, il n'y a pas de vitres aux fenêtres.

Dehors, on voit la campagne.

Les montagnes bleues.

Les peupliers, tendus vers le ciel comme des gouttes d'eau, verte.

Et la route, sinueuse, qui va jusqu'à la mer.

De sa chambre, elle voit la mer. C'est de là qu'elle vient. Mais elle avait envie d'une demeure majestueuse. D'où, le château.

Elle n'est pas seule dans le château.

Sur les murs se posent une mouche aux yeux rouges et aux ailes blanches, et un scarabée qui se blottit dans le coin quoiqu'elle lui dise.

Au sol, sur le carrelage vert et blanc comme un jeu d'échec, il y a sa grenaraignée àzailes. Ce sont ses enfants. Mais autonomes déjà.

Pour eux, sur le mur et le carrelage, elle a tout prévu : une pomme qui fait bien 30 cm de diamètre et qui pend du plafond, tenue par un fil solide. La pomme est jaune. Son nom, c'est « Délice d'or ». Les enfants n'ont qu'à se servir.

Ainsi elle peut rester alanguie dans son fauteuil rouge et douillet. Un coussin rose lui soutient le dos.

Elle passe son temps à peigner ses cheveux noirs et épais. Son peigne n'est pas un peigne de nacre, c'est surfait, le nacre, mais l'ébène, ah l'ébène.

Ses cheveux sont retenus par un bandeau bleu. Ses yeux sont gris, ses lèvres rouges. Sa peau est rose pâle jusqu'à la taille. Au-delà, elle a 8 tentacules à ventouses qui gigotent à leur aise. Et surtout, qui lui permettent de s'appuyer sur le rouge du fauteuil d'un bras et de se peigner les cheveux de l'autre tandis que l'une des 8 tentacules tient son miroir en bois clair – l'or, pour un miroir, c'est surfait.

Ainsi, elle peut à la fois se mirer et rêver de la mer.

Car y aller, à la mer, elle ne peut pas.

Car, Elle, garde, la frontière.

 

Julie Boitte | 2015, en écrivant "Antre[s], inspirée par le dessin de Nicoletta Ceccoli

 

 


5# Le pendu

Je pourrais croire que tu danses.

Si tu n'avais pas le pied gauche accroché à une corde.

Mais même ainsi, tes jambes sont comme des lianes, agiles, solides aussi.

 Qui pourraient te soutenir, t'ancrer droit dans la terre, si tu n'avais pas la tête à l'envers.

 Tu as l'air de rêver.

 Tu ne souris pas vraiment mais tu sembles serein.

 On dirait que tu flottes, dans l'espace – comme un cosmonaute, ou dans l'eau – comme un homme grenouille.

 L'or et l'argent sortent d'entre tes coudes.

 Tes cheveux sont d'un ange. Ils te nimbent d'une aura étrange.

 Mais tu n'es pas seul.

 Mes frères t'encadrent.

 Comme s'ils se mettaient à ton diapason.

 Comme s'ils veillaient sur toi, humain-trésor, jeune homme précieux, irremplaçable.

 Leurs feuillages sont à la même hauteur que ton visage.

 Leurs feuilles étoilées répondent par leur forme à la couleur de tes cheveux d'or.

 Tu flottes, tu planes : ils s'enracinent pour toi.

 Tu es apaisé : ils sont dans l'ailleurs, loin du réel.

 Ils sont la nature forte, pour toi.

 Tu te laisses faire par eux.

 Tu bois leur présence.

 Sans aucune résistance.

 Ils veillent. Ils vieilliront au-delà de toi. Ils sont dressés mais non tendus.

 Ils sont debout mais ne tuent pas.

 Ils sont.

 Sages par essence. Stoïques. Résistants. Inébranlables. Millénaires. Universels.

 Arbres.

 

Julie Boitte | mai 2016 - sur la carte du tarot de Oswald Wirth, dans le cadre du projet "De sève et de son"

 

 

3# Poupée

Assise à l'entrée

petite maison-cabane

au pied d'un arbre / en fleurs

elle ne sourit pas

elle tient dans ses bras une poupée

sa poupée

bras de poupée qui tombent

tête de poupée qui part/ en arrière

l'enfant ne pleure pas ne dit rien

ne sourit pas

les yeux dirigés vers le corps sur ses genoux

le regard ailleurs

les mains soutenant le corps de poupée inerte

elle est pieds nus l'enfant

cheveux tressés

raie au milieu des cheveux lisses

robe grise

foncée

col montant

manches longues

pas de bas

jambes dénudées

c'est un soir d'été

la poupée est morte

l'enfant est pensif

après

il ne s'est plus rien passé

 

Julie Boitte | 10.11.15